Les plaintes concernant le VAR sont devenues presque un rituel en Premier League, pourtant la FIFA World Cup 2026 s'est largement déroulée sans soulever autant de polémiques autour des décisions vidéo. Le contraste d'atmosphère est frappant — mais un examen attentif des données révèle un paradoxe qui remet en question la perception du public.
Le VAR à la Coupe du Monde paraît plus discret qu'en Premier League — mais les chiffres racontent autre chose

Les plaintes concernant le VAR sont devenues presque un rituel en Premier League, pourtant la FIFA World Cup 2026 s'est largement déroulée sans soulever autant de polémiques autour des décisions vidéo. Le contraste d'atmosphère est frappant — mais un examen attentif des données révèle un paradoxe qui remet en question la perception du public.
Plus d'interventions, moins de plaintes
Malgré l'atmosphère plus sereine à la FIFA World Cup 2026, les arbitres sont en réalité intervenus via le VAR plus fréquemment qu'en Premier League la saison dernière. La Premier League a enregistré le taux d'interventions VAR le plus bas d'Europe avec 0,29 par match. Lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, ce chiffre était de 0,41 par match ; lors de ce tournoi, il est descendu à 0,33 — toujours au-dessus du championnat anglais.
L'UEFA Champions League, quant à elle, a compté 0,47 interventions par match la saison dernière — soit presque une tous les deux matches. Sur les décisions subjectives, nécessitant que l'arbitre se rende au moniteur de touche, la FIFA World Cup 2026 et la Premier League sont quasi identiques à 0,15 par match. La Champions League se situe à plus du double, à 0,36.
Moins de fautes, tempo plus élevé
La philosophie qui sous-tend ce changement appartient à Pierluigi Collina, responsable des arbitres à la FIFA. Collina souhaite que le football soit traité comme un sport de contact dans lequel toutes les charges ne méritent pas un coup de sifflet, et il pousse en faveur de matches fluides à tempo élevé. Les chiffres soutiennent son approche : le nombre de fautes par match est passé de 27 lors de la Coupe du monde 2018, à 25 au Qatar, et désormais à 21,7 à la FIFA World Cup 2026 — presque identique aux 21,6 de la Premier League la saison dernière. Les avertissements ont également baissé, avec seulement 2,4 cartons jaunes par match, bien en dessous de toute Coupe du monde ou compétition majeure récente.
La logique de Collina est cohérente : si le seuil d'une faute sur le terrain s'élève, le seuil d'une intervention VAR doit suivre le même mouvement. Les demandes de penalty lors du match de Scotland contre Morocco — impliquant John McGinn et Scott McTominay — ont été citées comme des exemples d'appels réels mais inférieurs au seuil fixé par Collina.
Pourquoi le VAR paraît-il bien plus serein ?
La rapidité est le facteur le plus déterminant. Collina a demandé à ses officiels vidéo de prendre des décisions rapides et tranchées plutôt que de s'attarder sur les ralentis. Les erreurs doivent sauter aux yeux ; les analyses prolongées sont déconseillées. Le résultat : des délais de revue nettement plus courts, même sur des décisions contestées comme le carton rouge montré à Themba Zwane de South Africa lors du match d'ouverture, ou la décision de ne pas accorder un penalty lorsque Kylian Mbappe de France a semblé être croche-pied par Sadio Mane de Senegal.
La technologie de hors-jeu semi-automatisée améliorée de la FIFA a également joué un rôle. Les arbitres assistants reçoivent une alerte audio lorsqu'un joueur est hors-jeu de 10 cm ou plus, supprimant largement le drapeau levé avec délai et réduisant le nombre de revues de buts refusés qui s'éternisent des minutes entières.
L'effet de la diffusion télévisée
Le facteur peut-être le plus sous-estimé est la façon dont chaque compétition est présentée aux téléspectateurs. À la FIFA World Cup 2026, le diffuseur hôte repasse un incident une ou deux fois au maximum pendant que le VAR est actif, et ne montre l'écran de l'officiel vidéo que lorsque l'arbitre se rend au moniteur de touche. La FIFA et l'UEFA appliquent toutes deux cette approche lors de leurs tournois phares.
En Premier League, Sky Sports et TNT Sports analysent chaque incident sous de multiples angles, le ralentissent, l'accélèrent et donnent la parole aux consultants en temps réel. Les commentateurs disposent d'un flux audio en direct depuis le centre VAR et peuvent le partager avec les téléspectateurs à tout moment. Cette liberté éditoriale génère un examen bien plus rigoureux — et une frustration bien plus grande — même lorsque le processus décisionnel réel est comparable.
Les organisateurs de tournois cherchent à présenter un spectacle net ; les détenteurs des droits de diffusion privilégient la transparence et le débat. Il en résulte que deux systèmes aux taux d'intervention globalement similaires semblent à des années-lumière l'un de l'autre pour le téléspectateur à domicile.


